Coin manga : #DRCL Midnight Children
Halloween est une de mes fêtes préférées. Pas tant le côté bonbons et porte-à-porte que l’imaginaire qu’il suscite en moi, avec ses sorcières, ses fantômes, ses brouillards et ses maisons hantées. Et l’aspect Carnaval bien sûr, malheureusement tombé en désuétude chez nous.
Si j’ai une fascination toute personnelle pour la version pagano-médiévalo-fantasy de la fête (Samain ou tout autre nom qu’on puisse lui donner), on ne peut pas nier que l’esthétique gothique XIXe siècle fait toujours son petit effet. A priori, c’est aussi l’avis de Shin’ichi Sakamoto, qui s’en donne à coeur joie dans son interprétation de Dracula.
De quoi ça nous parle ?
Tout commence au XIXe siècle à bord du Demeter, navire russe faisant voile vers l’Angleterre, chargé de neuf caisses à l’odeur pestilentielle… et dont la traversée s’avérera funeste.
Dans le même temps, à Whitsby en Angleterre, quatre élèves d’un très chic pensionnat s’amusent à tourmenter Mina Murray, seule fille (et seule prolétaire) de l’établissement.
Quand le navire russe, devenu une véritable épave flottante, entre dans le port de Whitsby, les témoins jurent avoir vu une créature monstrueuse s’échapper… Créature qui va immédiatement s’en prendre à l’un des quatre amis, dont le reste de la bande assiste à la scène de loin, paralysés par la terreur.
Seule Mina a le courage de réagir, mais il est peut-être déjà trop tard…
L’avis du renard :
Vu la réputation de Shin’ichi Sakamoto (qu’on connaît notamment pour Ascension ou Innocent), l’annonce du manga au Japon a fait couler l’encre jusque sur les réseaux français et ce n’était qu’une question de temps avant qu’on apprenne qui sortirait le nouveau bébé de l’artiste. C’est donc Ki-oon qui a raflé la mise et nous propose ce petit bijou.
Car oui, sans surprise c’est une merveille graphique. Les planches sont à couper le souffle, jouant sur des contrastes entre vieilles pierres, drapés et lambeaux de brume pour instiller une ambiance gothique de toute beauté. Le chara-design est toujours aussi léché, alternant entre beautés irréelles et humanités banales, sourires éthérés et faciès grimaçants.
Côté histoire, il s’agit bel et bien d’une réinterprétation du roman Dracula, classique littéraire de Bram Stoker auquel Sakamoto fait honneur. Le côté épistolaire de l’oeuvre d’origine est d’ailleurs régulièrement rappelé par les articles de presse mentionnés au fil des pages et les divers journaux tenus par les personnages.
Au sujet de ces derniers, la plupart des protagonistes du roman sont introduits dès le premier tome, dans une version totalement revisitée.
Sakamoto s’est évidemment approprié l’oeuvre pour en faire un manga qui lui ressemble, reprenant à son compte les thématiques du roman d’origine et ajoutant les siennes propres : place du progrès et de la technologie, évolution des moeurs, luttes des classes, identités… et l’incontournable question du pouvoir (et des limites) de la solidarité.
Les moins habitués au style narratif de Sakamoto seront sans doute déroutés par sa mise en scène sibylline, parfois même cryptique. C’est vrai, on ne sait pas toujours ce qu’il se passe et ce qui est en jeu, surtout quand on n’a pas lu le roman d’origine. On ne sait même pas toujours distinguer le rêve de la réalité. C’est une histoire dans laquelle il peut être difficile de rentrer, il faut bien l’admettre.
Mais pour ceux qui se laissent entraîner c’est une oeuvre hypnotique, qui referme peu à peu ses griffes sans qu’on sache exactement où elle veut nous emmener… mais que personnellement, je suivrai les yeux fermés.
#DRCL Midnight Children
de Shin’ichi Sakamoto
Éditeur : Ki-oon
Sortie le : 25/01/2024
Prix : 7,95 €
Au Japon : série en cours
A écouter dans le Mangacast OMAKE #118.
Images : #DRCL MIDNIGHT CHILDREN © 2021 by Shin’inchi Sakamoto
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