Coin lecture : La fileuse d’argent

2.10.2024 | Coin lecture, Roman | 0 commentaires

Pour la petite histoire, c’est sur la recommandation plus que chaleureuse d’une amie que j’ai lu ce roman et que j’ai découvert Naomi Novik par la même occasion. Si le terme « chaleureux » est assez peu approprié à cette histoire prise dans le froid et la neige, je ne peux cependant que remercier l’amie en question. Avec une quinzaine de romans à son actif, l’univers de l’autrice risque de m’accompagner une bonne partie de l’hiver…

De quoi ça nous parle ?

Miryem est la fille d’un prêteur certes adorable mais un brin trop généreux, plus enclin à dilapider la dot de son épouse qu’à réclamer son dû à ses débiteurs. Excédée de voir sa famille sombrer dans la misère et la santé de sa mère décliner, la jeune femme se décide à prendre la relève… et s’avère particulièrement douée. Froide, intransigeante, elle se fait payer son dû jusqu’au dernier penny et devient une redoutable commerçante. A tel point qu’on lui prête bientôt la réputation de changer l’argent en or… ce qui attire l’attention des Staryk, créatures cauchemardesques un peu trop intéressées par ce don.

Wanda est la fille d’un fermier violent et alcoolique, qui préfère voir ses enfants mourir de faim plutôt que se priver de sa gnôle préférée. Embauchée par Miryem pour rappeler leurs dettes à ses débiteurs, elle voit dans ce travail l’occasion d’échapper à l’emprise paternelle.

Irina est la fille du duc local, qui préfère voir sa fille comme un investissement raté plutôt que comme une jeune femme accomplie. Pourtant, lorsqu’une parure enchantée lui permet de passer outre les apparences physiques, la jeune femme se révèle plus royale que jamais.

Trois femmes aux destins croisés, prises dans la tourmente d’un hiver sans fin.

L’avis du renard :

Bien qu’elle commence à avoir plusieurs prix et autres récompenses à son actif (La fileuse d’argent a d’ailleurs remporté le prix Locus 2019), j’étais jusqu’ici passée entre les mailles des romans de Naomi Novik. C’était donc mon premier roman d’elle et ce ne sera pas le dernier. L’autrice a réussi à m’embarquer sans mal dans son univers, très inspiré des contes et du folklore d’Europe de l’est.
Une ambiance hivernale qui me parle énormément, sur fond de légendes oubliées et de magie rare, tellement hors de portée du commun des mortels qu’elle frôle la superstition.

J’ai beaucoup aimé les personnages, nos trois premières protagonistes mais aussi toute la galerie qui se déroule ensuite. Certains sont beaucoup moins présents, et donc moins développés, ce qui peut les rendre moins attachants… ou pas.
Miryem, Wanda et Irina ont chacune un caractère marqué, une volonté très forte d’échapper à l’emprise de leur famille, de leur naissance… voire de forces beaucoup moins naturelles. Subissant leur destin au début, tout le roman s’applique à montrer comment elles finissent par le prendre en main… et le prix à payer.

La narration peut dérouter au début, alternant les points de vue de plusieurs personnages sans jamais préciser de qui il s’agit. Pour ma part, je trouve que c’est là le tour de force de l’autrice : chacun a son style propre, sa manière de raconter selon son vécu, son éducation, son milieu social. Personnellement il ne m’a jamais fallu plus d’une phrase ou deux pour savoir qui narrait et quand, et j’ai donc toujours réussi à garder le fil du récit.

Le récit est justement de ceux qui prennent leur temps pour se mettre en place, poser leurs enjeux, leurs subtilités et leur ambiance… jusqu’à la fin, qui s’emballe subitement et gagne autant en intensité qu’en epicness.

Mon seul vrai bémol serait d’ailleurs sur cette fin de tome où tout s’accélère et devient tantôt confus tantôt trop facile comparé aux difficultés précédentes. Même chose pour la conclusion, un peu rapide et frustrante, qui ne détaille guère que le devenir de Miryem quand j’aurais aimé avoir des nouvelles de quelques autres, dont les situations me semblent loin d’être résolues.

Bref, malgré ces réserves c’est un récit mené d’une très belle plume dans une atmosphère particulièrement réussie. De quoi apporter un peu d’hiver dans vos lectures…

La fileuse d’argent
de Naomi Novik
Éditeurs : Pygmalion, J’ai lu
Déjà disponible

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